Cet article fait partie de Culture Club, notre série sur les chansons devenues bien plus célèbres en remix que dans leur version originale.
L'artiste néerlandais Mr. Probz sort « Waves » en 2013. L'original est un enregistrement acoustic-soul lent et mélancolique, juste une voix grave, une guitare et un fort sentiment de dérive. Il trouve un public chez lui et un peu au-delà, mais c'est le genre de titre intérieur et discret qui voyage rarement loin tout seul. Pendant un temps, l'histoire semble s'arrêter là.
L'original
Ce que l'original avait, c'était une voix et un refrain qui restent en tête. Mr. Probz chante « Waves » presque à mi-voix, et c'est cette retenue qui fait son charme. Mais la retenue est aussi ce qui tient une chanson loin de la radio dans la plupart des marchés. L'enregistrement était complet et bon. Il n'était pas fait pour porter un dancefloor, et dans sa première vie il n'essaie pas.
Le remix
En 2014, le producteur allemand Robin Schulz construit un remix deep house autour de la voix. Il garde la performance de Mr. Probz et le refrain central, puis les pose sur un groove house chaud et roulant, avec un kick patient et une ligne de basse qui donne à la chanson un endroit où aller. La mélancolie reste. L'élan est nouveau. C'est le même instinct qui avait déjà fait de son remix de « Prayer in C » un phénomène, appliqué à une autre chanson endormie.
Ce rapprochement est tout l'objet de cet épisode. En l'espace d'environ un an, Robin Schulz prend deux titres discrets et finis que le grand public avait ignorés et en fait deux disques mondiaux avec la même approche : garder la voix, respecter l'ambiance, ajouter un groove qui voyage. Un remixeur doté de cette oreille n'a pas de la chance deux fois. Il fait une chose reproductible.
Le résultat
Le remix de « Waves » par Schulz devient numéro un sur une large partie de l'Europe, dont l'Allemagne et le Royaume-Uni, et atteint le sommet jusque sur les charts dance américains. C'est la percée internationale de Mr. Probz, et cela confirme Robin Schulz, fraîchement sorti de « Prayer in C », comme l'un des faiseurs de tubes les plus fiables de la dance. L'enregistrement original, jadis une sortie modeste, devient la source d'un tube mondial.
Pourquoi c'est important
« Waves » referme une boucle. Nous avons raconté l'histoire de « Prayer in C » en partie parce qu'elle montre qu'une chanson n'a pas de date de péremption. « Waves » montre la même chose à propos d'un remixeur. Le talent qui réveille une chanson endormie peut réveiller la suivante, et celle d'après.
Pour un artiste, c'est la version encourageante de cette série. Le remixeur qui entend le tube caché dans votre enregistrement discret est là, au travail, et une bonne voix est exactement ce qu'il cherche. Vous gardez le crédit et la part d'écriture. Il apporte le groove et le public. Un titre qui a dérivé à sa sortie peut devenir numéro un un an plus tard, et la seule chose qui devait changer, c'était qui l'écoutait.