Cet article fait partie de Culture Club, notre série sur les chansons devenues bien plus célèbres en remix que dans leur version originale.

« Show Me Love » paraît une première fois en 1990 sur le label britannique Champion Records, chantée par Robin S. Elle ne va nulle part. Selon une analyse, elle ne se démarquait tout simplement pas parmi les nombreux titres de vocal house de qualité qui arrivaient au début des années 1990. C'était un échec commercial et, pendant deux ans, un échec oublié.

Puis un jeune producteur suédois nommé StoneBridge s'en empare. Son remix de 1992, bâti sur l'une des lignes de basse les plus reconnaissables de la dance, transforme « Show Me Love » en tube mondial et en pièce permanente de l'histoire de la house.

L'original

La version de 1990 de « Show Me Love » avait la voix et la chanson, mais pas la production qui la ferait voyager. Dans un champ encombré de vocal house du début des années 90, elle n'avait aucune signature, rien pour qu'un DJ la sorte ou qu'un auditeur s'en souvienne. C'est l'exemple type d'un disque dont le problème n'a jamais été la chanson.

Le remix

StoneBridge contacte Champion à la recherche de titres à remixer, et on lui indique « Show Me Love ». Sa première tentative est rejetée pour avoir gardé trop de l'original. Alors, en quelques heures, il fait une seconde version qui jette presque tout, ne gardant que la voix et le kick.

Pour la ligne de basse, il utilise un synthétiseur Korg M1 et passe au preset suivant, un son d'orgue. L'effet lui plaît et il le garde. Cette basse d'orgue devient le hook du disque et l'un des sons les plus imités de la house, résonnant à travers les disques dance pendant des décennies.

Sortie en 1992 et explosant en 1993, la version StoneBridge atteint la cinquième place du Billboard Hot 100 américain, la première du classement dance américain, et la sixième au Royaume-Uni, et entre dans le top 20 d'une grande partie de l'Europe. L'original n'avait rien obtenu de tout cela.

Pourquoi c'est important

« Show Me Love » est l'exemple le plus extrême de cette série de ce qu'un grand remix a parfois besoin de garder de l'original : très peu. StoneBridge a conservé la voix et le kick et a jeté le reste. L'élément qui définit le tube, cette basse d'orgue, n'était pas dans l'original du tout. Il vient d'un heureux accident sur un preset de synthétiseur.

Cela soulève une vraie question, intéressante, sur la paternité, et c'est une question avec laquelle la culture du remix a toujours vécu. La chanson et la voix sont à Robin S et aux auteurs d'origine. Le son qui l'a rendue célèbre est à StoneBridge. Les deux sont essentiels. Aucun n'aurait eu le tube seul. Le disque est une véritable collaboration sur deux ans et deux pays, assemblée par un remixeur qui a entendu ce que l'original pouvait devenir.

Cela souligne aussi pourquoi la voix est l'actif le plus durable, le plus précieux et le plus réutilisable d'un enregistrement. Les arrangements vieillissent et se remplacent. Une grande voix peut être transposée dans un nouveau morceau des décennies plus tard et porter un tube une fois de plus. C'est l'actif sur lequel repose la culture du remix, et celui avec lequel nous voulons rendre la création facile.